C Déco, N°23, Janvier & Février 2007
Crédits Pascale et Bruno Boigontier
Alice à Montpellier Mariant dentelles anciennes et porcelaine satinée, Alice Riehl crée des objets-sculptures élégants, fragiles et étonnants.
Elle poursuivait une carrière « comme il faut » : commerce et marketing, chef de produit, séjours à l’étranger… mais de toute évidence, ce monde-là n’était pas pour elle : répétition, compétition, lassitude… Alice cherche sa place en vain. Ses mains ont envie de créer, de façonner. Bouillonnant et impatient, son imaginaire est frustré.
Une année de formation à l’Institut de céramique française de Sèvres et Alice se sent enfin vivante ! Elle découvre la porcelaine, flashe pour son côté très blanc, très pur, la finesse de grain du biscuit. La terre est capricieuse ?
Aucune importance, Alice va apprendre à l’apprivoiser patiemment avec humilité et passion. Elle cherche, teste, met au point des recettes d’émail, casse beaucoup et recommence sans répit.
Le modelage ne lui suffit pas, elle cherche une autre utilisation. Elle teste le « trempage ». Alors, comme une évidence, la jeune femme ouvre l’armoire aux souvenirs, en exhume des dentelles de grands-mères, véritables petits trésors de finesse et de patience. Ces fragments de mémoire seront désormais son ingrédient de base : les matériaux de son inspiration.
Des trésors de délicatesse
Imprégnés de barbotine de porcelaine puis mis en forme, les objets de porcelaine d’Alice subissent la métamorphose sublime de la cuisson. Avec leurs dessins ajourés, ils offrent une poésie empruntée à dame Nature : un jardin singulier peuplé d’œufs mystérieux et de cocons délicats. Sont-ils de légères graines tombées d’un arbre imaginaire et grandiose ?
Maisons et décors Méditerranée, N°197, Décembre 2006-Janvier 2007
Crédits Sarah Ben et Martial Maurette
Ecume de Porcelaine
A Clapiers dans l’Hérault, la céramiste Alice Riehl marie, telle une magicienne, terre et guipures. Mi-végétaux, mi-fossiles, ses créations imaginaires déclinent un univers empreint de poésie.
Forte de son tout récent diplôme de l’Institut de céramique de Sèvres, Alice Riehl, qui débute dans la profession, crée la surprise avec une étonnante collection. C’est un « jardin de porcelaine » comme elle le nomme joliment, insolite, poétique, aux formes végétales, minérales, dont la blancheur et l’extrême finesse rappellent sans ambiguïté la délicatesse des dentelles d’antan.
A travers cet inventaire à la Prévert de graines, nids, cocons, œufs, fleurs, ailes à la peau délicate, Alice Riehl évoque une enfance passée au milieu d’une génération de femmes dont les mains jouaient des aiguilles avec une patience et un savoir-faire infini.
L’épreuve du feu
« C’est à ces femmes que j’ai voulu rendre hommage, à leurs ouvrages restés longtemps méprisés, et pourtant d’une telle beauté ! » explique volontiers la jeune femme. Dans cet univers singulier fait de fibres de coton tissées, cousues, mises en formes et pétrifiées dans la barbotine de porcelaine, cette empreinte du passé restera immortalisée. Plongées dans la terre liquide, que travaille ensuite Alice, les étoffes se sont consumées bien sûr lors de « l’épreuve du feu », une cuisson de la terre au four à quelque 980 puis 1280 degrés… Elles n’en sont pas moins inscrites à jamais en filigrane à la surface de cette nouvelle « écorce » ou dévoilées en transparence par la lumière.
Fragiles entrelacs
Mais qu’on ne s’y trompe pas, le travail est exigeant : « c’est souvent la dentelle qui mène le fil de mes créations, mais le mélange de tissu à la terre crée des tensions, des fissures, des déchirements qui font que chacune d’elle a sa trame, sa propre fibre intérieure. La prise de risque est réelle », confie Alice. Des œuvres à découvrir à la Galerie Miriam Ray, à Montpellier, ou dans son atelier, sur rendez-vous. |
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